Jacques-François De Monbeton De Brouillan

MONBETON DE BROUILLAN, JACQUES-FRANÇOIS DE, gouverneur de Plaisance (Placentia) et de l’Acadie, chevalier de Saint-Louis, né en 1651, décédé à Chedabouctou (Guysborough, N.-É.) le 22 septembre 1705.

Brouillan appartenait à une famille de gentilshommes protestants, du nom de Monbeton, originaire de Gascogne. Son grand-père ayant épousé Isabeau de Brouillan, la dernière héritière de ce titre, en prit le nom que portèrent aussi leurs descendants. Jacques-François était le fils de Jacques et de Georgette Pouy. On lui donne parfois le surnom de Saint-André. Sept de ses frères moururent à la guerre. Lui-même entra dans les troupes de la marine, devint capitaine puis aide-major, et reçut plusieurs blessures dont il souffrit toute sa vie.

Brouillan vint au Canada en 1687, comme capitaine de compagnie. Jusque-là protestant, il reçut le baptême à Québec. Il retourna en France en 1699, en même temps que Brisay de Denonville, qui le recommanda fortement. Le 1er juin suivant, il était nommé gouverneur de Plaisance, aux appointements de 1 200ª. Plusieurs contretemps retardèrent son départ ; il ne reçut ses instructions que le 1er février 1691 et partit au printemps, sur le navire du roi, le Joly. Les établissements français de Terre-Neuve se trouvaient alors dans une situation lamentable et le ministre de la Marine avait résolu de tenter un effort pour réorganiser la colonie.

Brouillan arriva au début de l’été de 1691, avec des vivres et des munitions, une recrue de 23 soldats et 25 garçons-pêcheurs. Il compléta une palissade déjà commencée par Louis Pastour, et dressa des batteries avec les canons repêchés dans la baie. Ces préparatifs n’étaient pas terminés, quand un petit navire anglais tenta de surprendre les habitants. Brouillan passa l’hiver à compléter ses défenses et commença la construction d’un nouveau fort. Sages précautions car, l’année suivante, Plaisance subit une attaque plus sérieuse. En septembre, une escadre de cinq navires, commandée par le commodore Thomas Gillam (Williams), parut devant la place. La garnison ne comprenait encore que 50 hommes, mais le gouverneur obtint le concours des capitaines de navires pêcheurs et 120 hommes de leurs équipages. Une frégate, sur laquelle se trouvait Lahontan [Lom d’Arce], venait aussi d’arriver de Québec. Le gouverneur fit ériger une redoute sur le sommet d’une colline voisine, et dressa une batterie à l’entrée du port. Après une sommation et un échange de parlementaires, Brouillan fit ouvrir le feu. Les assaillants tirèrent 2 000 coups, sans causer grand dommage. Les assiégés, à court de poudre et de boulets, n’en purent tirer que 300, mais leur tir bien dirigé endommagea sérieusement le navire amiral. Les assiégeants levèrent l’ancre et allèrent brûler les habitations de la pointe Verte (Point Verde). Lahontan se hâta de porter à la cour la nouvelle de ce succès.

L’hiver de 1692–1693 se passa péniblement. Le navire de ravitaillement avait fait naufrage. Au mois de février, plusieurs habitants manquaient totalement de vivres, et le gouverneur dut ordonner des perquisitions, afin de découvrir les provisions cachées et secourir les plus dépourvus. Louis XIV se montra fort satisfait de la conduite du gouverneur et lui accorda une gratification de 500ª. La cour renvoyait aussi Lahontan comme lieutenant de roi. Le gouverneur accueillit mal cette promotion ; il accusa Lahontan d’avoir intrigué pour l’obtenir et crut qu’il voulait le remplacer ; une vive rivalité naquit alors entre les deux hommes.

Au cours de l’été de 1693, le gouverneur compléta le système défensif de la place ; il augmenta les batteries du fort, rebâtit en pierre la redoute de la montagne et construisit des retranchements sur la côte. Ces préparatifs se révélèrent utiles car, le 28 août, une flotte anglaise de 24 navires, sous les ordres de Sir Francis Wheler, vint jeter l’ancre dans la baie. Brouillan fit encore barrer l’entrée du port, hisser des canons à la redoute de la montagne et, dès le lendemain, ouvrit le feu sur la flotte. Comme les navires se préparaient à forcer l’entrée, il fit couler un flibot au milieu du détroit et y rangea des navires marchands. Une tempête, survenant à propos, poussa les navires ennemis entre les canons du fort et les récifs. Après avoir essuyé quatre heures de canonnade, l’amiral jugea plus prudent de lever l’ancre. Un détachement alla brûler les habitations de l’île Saint-Pierre et prit deux navires marchands.

Les années suivantes amenèrent un répit, pendant lequel la colonie put respirer un peu et se raffermir. La population demeurait à peu près stable. Les recensements indiquent alors une cinquantaine de familles résidantes, comprenant environ 150 personnes. La garnison, portée à 60 soldats, en reçut 40 autres en 1694, formant deux compagnies, commandées par Saint-Ovide de Brouillan [Monbeton*] et Philippe Pastour de Costebelle. Un ingénieur, Jacques L’Hermitte, arriva en 1695.

Depuis 1692, Brouillan proposait à la cour d’organiser une expédition navale contre Saint-Jean. Deux tentatives, celle de Digoine en 1692 et celle de Saint-Clair en 1694, avaient échoué. Le gouverneur, passé en France à l’automne de 1695, reprit son idée. D’autre part, Pierre Le Moyne d’Iberville présentait aussi un projet d’attaque par terre. La Cour décida de combiner les deux opérations, mais une regrettable animosité entre Brouillan et Iberville empêcha une exacte réalisation du plan de campagne. Les instructions prévoyaient que Brouillan assurerait la conduite générale des opérations et dirigerait l’expédition par mer, tandis qu’Iberville commanderait l’expédition par terre. Brouillan recevait une frégate, et un armateur malouin lui apportait le concours de quatre navires marchands, armés en guerre, avec deux corvettes et deux brûlots. Le gouverneur réunissait donc sous ses ordres une dizaine de navires et 300 ou 400 hommes.

Au début de septembre, comme Iberville, retardé à Pemaquid, ne paraissait pas encore, Brouillan décida de tenter seul l’aventure. Parti de Plaisance le 9 du mois, il prit successivement la baie des Taureaux (Bay Bull) et le Forillon (Ferryland) et occupa Fermeuse (Firmoose), dont les habitants s’étaient enfuis dans les bois. Il établit sa base à Renews (Renoose), mais ne réussit pas à s’emparer de Saint-Jean. La position de la ville était défendue par trois forts, et des navires de guerre mouillaient dans le port. Brouillan voulut en forcer l’entrée, mais le mauvais temps s’en mêla, et les Malouins ne voulurent pas risquer leurs vaisseaux. Brouillan les blâma de son échec et en fit traduire quelques-uns devant le conseil de guerre. Cette rigueur ne remédiait à rien. Il se consola par la prise d’une trentaine de barques et navires de pêche, de prisonniers, et de plusieurs milliers de morues. Il revint à Plaisance le 17 octobre, en se proposant de réparer son échec par la campagne d’hiver.

Les pourparlers entre Iberville et lui donnèrent lieu à d’aigres discussions. Le désaccord portait à la fois sur la direction de l’entreprise, sur le plan de campagne et sur le partage du butin. Brouillan, dans cette dispute, montra beaucoup d’âpreté, et manifesta des exigences inadmissibles. Finalement, Iberville accepta d’attaquer Saint-Jean plutôt que Carbonear, et le gouverneur abandonna à Iberville la direction de l’expédition. Au cours de cette campagne, Brouillan se battit bravement, mais ni lui ni ses soldats, que les Canadiens appelaient ironiquement « Messieurs les Plaisantins », ne jouèrent le premier rôle. La campagne n’en remporta pas moins un plein succès. Après avoir défait un parti d’éclaireurs ennemis, les troupes culbutèrent 80 hommes, dissimulés derrière des rochers, et prirent les postes avancés. Elles préparaient l’assaut du fort principal de Saint-Jean, en brûlant les maisons des alentours, quand le commandant décida de se rendre, à condition d’obtenir deux vaisseaux pour passer en Angleterre. On brûla le fort, et Brouillan revint à Plaisance par mer, pendant qu’Iberville continuait sa campagne contre les autres postes de Terre-Neuve.

Brouillan passa en France l’été suivant et Joseph de Monic commanda en son absence. Comme le traité de Ryswick amena bientôt la paix, il en profita pour prolonger son séjour et soigner sa santé. Il veilla aussi à ses intérêts : il reçut une gratification de 500ª, décrocha la croix de Saint-Louis, et obtint le remboursement de 16 000ª avancées pendant la campagne de Saint-Jean. Pendant les quatre ans qu’il passa en France, Brouillan conserva le titre de gouverneur et en toucha les appointements. Il demeurait en correspondance avec le ministre et avec Plaisance, mais n’oubliait pas ses affaires, recrutant des pêcheurs basques et employant sept chaloupes de pêche à Terre-Neuve.

La mort de Robinau* de Villebon, en juillet 1700, laissait le gouvernement d’Acadie vacant ; le roi nomma Brouillan à ce poste, le 28 mars 1701. Cette nomination représentait pour lui une promotion, car ses appointements passaient à 4 000ª. Elle ne lui accordait cependant pas le titre de gouverneur, mais seulement celui de commandant, pour marquer la sujétion de l’Acadie au gouverneur de Québec. Doté d’une gratification supplémentaire de 500ª, Brouillan partit au début de mai, avec une recrue de 40 soldats et des munitions de guerre. Des vents contraires ayant obligé le navire à faire escale à Chibouctou (Halifax, N.-É.), Brouillan en profita pour visiter ce port, qui l’enchanta. Il décida ensuite de se rendre à Port-Royal (Annapolis Royal, N.-É.) par terre, en passant par Les Mines (Grand-Pré). Il admira la prospérité de ce village, mais ne prisa guère l’esprit d’indépendance de ses habitants, qu’il décrit comme de « vrays républicains ». Il les persuada d’ouvrir une route vers Port-Royal, afin de secourir la capitale en cas d’attaque. On s’attendait en effet à une guerre prochaine. Ni le ministre ni le gouverneur ne la souhaitaient, car ils sentaient bien la faiblesse de la colonie. Aussi le roi avait-il recommandé à Brouillan de maintenir la paix et de ne rien faire pour provoquer des hostilités de la part des Indiens.

Dès son arrivée à Port-Royal, Brouillan convoqua une assemblée des habitants, mais il les trouva aussi indociles que ceux des Mines. Il réussit cependant à obtenir leur coopération pour l’érection d’un fort. Il partit ensuite pour la rivière Saint-Jean, dont il jugea le fort inutile et mal situé. Il le fit donc démolir et transporta les matériaux à Port-Royal, par la Gironde. Au cours de l’automne, il fit édifier une enceinte provisoire, entourée d’un chemin creux. Il y bâtit aussi des logements pour les soldats et organisa les habitants en compagnie de milice. Ce même automne, il adressa à la cour un long mémoire, espèce de programme où il exposait ses idées sur les problèmes de la colonie. Les principales ressources résidaient dans le bois et la pêche. Les expéditions de mâts, commencées en 1701, pouvaient assurer le chargement de plusieurs navires. La pêche pourrait devenir l’industrie principale du pays mais, depuis 50 ans, elle était entièrement ruinée par la guerre et les corsaires. Les habitants ne possédaient plus ni barques ni agrès ; ils étaient découragés et ne savaient même plus pêcher. Brouillan proposait de construire des barques, demandait des cordages pour fabriquer des filets et suggérait de faire venir des pêcheurs de Plaisance pour initier les Acadiens à la pêche. Il fallait surtout une ou deux frégates pour croiser le long des côtes, afin de protéger les pêcheurs. Reprenant les idées de Razilly*, Brouillan suggérait d’établir un fort puissant à La Hève (Lahave), qui deviendrait le principal poste du pays. Il servirait de port de pêche, mais aussi de base navale pour les relations avec la France, et pour intercepter les communications entre l’Angleterre et ses colonies. Les habitants s’opposaient fortement aux monopoles de commerce. La cour d’ailleurs, à ce moment, avait déjà décidé de ne pas renouveler les privilèges de la Compagnie de la pêche sédentaire de l’Acadie et de rendre le commerce libre. Brouillan demandait aussi le titre de gouverneur et l’obtint en février 1702.

La guerre de Succession d’Espagne éclata le 15 mai 1702. Cette guerre cependant, malgré de vives alarmes et la prise de plusieurs navires de ravitaillement par les corsaires anglais, n’amena pas d’attaque immédiate contre Port-Royal. Ce délai donna le temps au gouverneur de terminer les fortifications. Le ministre avait approuvé les plans d’un nouveau fort, partie en pierre, partie en terrassements, et accordé un crédit annuel de 20 000ª. Il envoya aussi des maçons et charpentiers, ainsi qu’un ingénieur, Labat. Durant cet intervalle, les notables de Port-Royal, suivant leur détestable habitude, employèrent leurs loisirs à se chamailler copieusement. La première escarmouche survint entre le gouverneur et le curé, l’abbé Abel Maudoux, à propos d’un marché public et du déplacement de l’église. Une seconde dispute mit aux prises Labat et Brouillan, concernant les plans du fort et la direction des travaux. Enfin Mathieu de Goutin, l’éternel chicaneur, à la fois écrivain, juge et commissaire de la Marine, entrait en conflits quotidiens avec le gouverneur sur l’administration de la justice et l’emploi des fonds. Malgré ces tiraillements, les fortifications progressaient et se trouvèrent pratiquement terminées en 1704. La garnison comprenait alors 200 soldats, répartis en quatre compagnies, et les habitants formaient six compagnies de milice. Le gouverneur avait fait construire un four à chaux, un moulin, des barques et une frégate.

À la première menace de guerre, on avait repris la pratique des présents annuels aux Indiens. Malgré l’absence de Jean-Vincent d’Abbadie de Saint-Castin, alors en France, les Abénaquis de Pentagouet (sur la rivière Penobscot) demeuraient fidèles ; mais ceux de la rivière Kennebec se laissaient gagner par leurs voisins de la Nouvelle-Angleterre. Afin de rétablir le prestige français, le gouverneur du Canada, Rigaud de Vaudreuil, lança plusieurs expéditions qui ravagèrent les villages entre Casco et Wells et saccagèrent Deerfield [V. John Williams]. Le gouverneur de Boston, Joseph Dudley, par représailles, organisa alors une expédition navale et, comme toujours, cette expédition se dirigea vers l’Acadie, partie la plus proche et la plus vulnérable de la Nouvelle-France. Elle comprenait trois navires de guerre et une quinzaine de transports, montés par 550 miliciens. Le commandant, Benjamin Church, avait déjà dirigé une expédition semblable et ravagé Beaubassin, huit ans plus tôt. Partie de Boston, à la fin de mai 1704, cette flotte longea la côte et détruisit les habitations françaises aux environs de la baie de Passamaquody et de Pentagouet. Après avoir pris quelques prisonniers, dont une fille de Saint-Castin, les Bostoniens se dirigèrent vers Port-Royal. Les récits français et anglais (celui de Church) présentent des versions différentes des événements qui suivirent. D’après les sources françaises, les Anglais entrèrent dans le bassin le 2 juillet, brûlèrent quelques maisons isolées, tuèrent des bestiaux et capturèrent quelques habitants. Le 8 juillet, un détachement alla ravager Les Mines. Les habitants y opposèrent une certaine résistance et tuèrent quelques hommes, au débarquement, puis ils se retirèrent dans les bois, emmenant leurs bestiaux. Les ennemis brûlèrent les maisons et rompirent les digues, inondant ainsi les cultures. Un autre parti se dirigea vers Beaubassin, où il brûla une vingtaine de maisons. Pendant ce temps, le gros de la flotte, demeuré à Port-Royal, opéra quelques tentatives de débarquement. Mais Brouillan avait envoyé des partis de soldats, d’habitants et d’Indiens faire le coup de feu le long des rives. Church, après 18 jours d’attente, peu sûr de ses miliciens et n’ayant pas d’instructions précises pour attaquer Port-Royal, convoqua un conseil de guerre, qui décida le retour à Boston. Port-Royal s’en tirait donc à bon compte, mais la colonie ravagée souffrit de la famine l’hiver suivant.

Brouillan, dès avant le siège, avait obtenu la permission d’aller en France. Plusieurs raisons l’y appelaient. Tout d’abord son état de santé : il souffrait de la goutte et un fragment d’os brisé, résultat d’anciennes blessures, lui sortait de la joue. Il désirait aussi exposer la situation de la colonie et obtenir des renforts d’hommes, d’armements et de navires. Mais un motif plus pressant réclamait sa présence à la cour. Son autoritarisme et ses abus avaient provoqué contre lui une avalanche de plaintes : on lui reprochait d’avoir employé des ouvriers du fort à des travaux personnels ; de s’être emparé de la terre d’un habitant pour y établir une ménagerie ; d’avoir fondu des monnaies d’argent pour en fabriquer de la vaisselle ; de tenir commerce par des intermédiaires et de vendre à des prix excessifs ; de protéger la liaison de Simon-Pierre Denys de Bonaventure et de Mme de Freneuse [Louise Guyon*], et d’entretenir lui-même Mme Barrat [V. Claude Barrat]. Les dénonciations pleuvaient si abondamment que le ministre commençait à montrer son mécontentement. Entre autres excès, le gouverneur avait soumis à la question trois soldats accusés de vol, en leur faisant brûler des mèches entre les doigts. L’un d’eux, resté infirme et reconnu innocent par la suite, était allé montrer à la cour ses mains mutilées, et le roi « horrifié de cette cruauté » avait condamné Brouillan à payer à ce soldat une demi-solde, prise sur ses appointements. Brouillan, dont le mandat de trois ans venait d’expirer, sentit le besoin d’aller conjurer la foudre grondant sur sa tête.

Après avoir employé une partie de l’hiver à soigner sa santé, Brouillan passa trois mois à Paris et à Versailles. Il réussit à se disculper de plusieurs accusations mais le ministre, non content de lui donner des directives personnelles, lui fit remettre un mémoire signé du roi et contenant des instructions précises sur plusieurs points litigieux. Cependant, malgré les reproches qu’il pouvait mériter, le prestige de Brouillan demeurait considérable à la cour. Sa bravoure plusieurs fois démontrée, son activité, les succès remportés en repoussant les attaques ennemies lui avaient créé la réputation d’un militaire valeureux, sur lequel on pouvait compter en cette période de guerre. Brouillan repartit donc, nanti de bonnes recommandations, après avoir obtenu un navire, avec des renforts d’hommes et de munitions.

Mais il n’allait pas pouvoir les utiliser. Encore malade, il avait dû retarder plusieurs fois son départ. Embarqué finalement sur le Profond, il dut descendre à Chedabouctou et y mourut le 22 septembre 1705. Son corps fut jeté à la mer, comme celui d’un marin, et son cœur apporté à Port-Royal, où Bonaventure, commandant intérimaire, le fit enterrer près de la croix du Cap. Quelques mois plus tard, Goutin écrivait, en guise d’oraison funèbre, que le pays s’estimait libéré d’un tyran. Ce jugement sommaire révèle mieux le caractère hargneux de Goutin qu’il ne traduit la réalité. En fait, malgré ses défauts et ses abus indéniables, Brouillan, tant à Plaisance qu’à Port-Royal, se montra un gouverneur très effectif. Il organisa la défense de ces deux postes et les soutint courageusement. Il manifesta une activité remarquable, en plusieurs domaines, et eut cette originalité de chercher a promouvoir l’essor économique de l’Acadie, en développant les pêcheries, en exploitant les bois et en construisant des navires. Sans doute confondait-il souvent ses intérêts personnels avec ceux du roi, et se montra-t-il ambitieux, autoritaire et d’une dureté excessive envers ses subordonnés. Mais son irritabilité peut s’expliquer par sa mauvaise santé, et on ne peut dénier sa bravoure ni son dévouement au service du roi.

René Baudry


Source

AN, Col., B, 15–17 ; Col., C11A, 22 ; Col., C11C, 1–2, Col., C11D, 3–5 ; Col., F3, 7, 54 ; Marine, B3, 70, f.146. — BN, mss, Clairambault 1 306, f.218 bis. — Acadiensia Nova (Morse), II : 1–5. — Charlevoix, History (Shea), IV : 223, 275 ; V : 34ss, 157, 170–172. — Coll. de manuscrits relatifs à la N.-F., II : 37s., 332–334, 416ss. — Lahontan, New voyages (Thwaites), lettres XXIII, XXV. — Bernard, Le drame acadien, 212–226. — J.-M. Cazauran, La baronnie de Bourrouillan (Paris, 1887). — Frégault, Iberville, 209–235. — Auguste Gosselin, Journal de l’abbé Beaudoin (« Les Normands au Canada », Évreux, 1900). — La Morandière, Hist. de la pêche française de la morue, I : 445–483. — Le Blant, Philippe de Pastour de Costebelle, 70–71. — Parkman, A half-century of conflict (1893), 116–120. — Rameau de Saint-Père, Une colonie féodale, I : 310–313 ; II : 307–310. — Robert Rumilly, Histoire des Acadiens (2 vol., Montréal, [1955]), I : 159–172. — J.-E. Roy, Le baron de Lahontan, MRSC, 1re sér., XII (1894), sect. i : 63–192.
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Source document :
Dictionnaire biographique du Canada en ligne
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Dernière mise à jour : ( 24-01-2009 )