L'Île Sainte-Croix (1604-1605)


Quelque nombreux qu'aient été les pêcheurs basques, normands et bretons qui se rendirent sur les riches bancs de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Écosse à la suite des premières explorations d'outre-mer, la France, aux prises avec la Réforme protestante et déchirée par les guerres de religion, ne prit pas avantage du voyage de Verrazano. Jacques Cartier fera de 1534 à 1541 trois voyages dans le fleuve Saint-Laurent pour y chercher de «l'or et un passage de Cathay», mais ces expéditions n'avaient aucune relation avec le voyage de Verrazano et n'eurent pas plus de suite. D'autres explorateurs effleurèrent les côtes du Nouveau-Monde, mais sans y prendre racine. Pour que la France établisse un pied à terre en Amérique du Nord, il faut attendre au début du 17e siècle pour retrouver, entre autres, Pierre Du Gua sieur De Monts et Samuel de Champlain, dont le but est d'y implanter des colons.


En 1603, ce dernier, pour le plaisir de la chose, tout en agissant comme géographe, accompagna jusqu'au fleuve Saint-Laurent François Gravé Du Pont, qui voulait y établir le monopole de la traite. Au retour, des membres de l'équipage se rendirent dans la baie de Fundy où ils crurent trouver un sol riche en minerai, ce qui excita la curiosité de Champlain. Il en fit part à De Monts qui était déjà venu au Canada. Il obtint de la cour, en vue de la colonisation, le titre de lieutenant général des côtes, terres et confins de l'Acadie et de la Nouvelle-France (terme qui englobait tout ce qui devait être connu plus tard comme le Canada français). Il recevait en même temps le privilège exclusif du commerce en Acadie pour une période de dix ans.

Ile Sainte-Croix par ChamplainAvec l'aide de riches marchands, il équipa une expédition d'artisans, architectes, charpentiers, maçons et tailleurs de pierre, soldats et vagabonds, et fit voile en direction des côtes d'Acadie en mars 1604. Il était accompagné de Champlain, de Jean de Poutrincourt, Jean Ralluau, Pierre Angibault, deux prêtres catholiques (dont le père Nicolas Aubry) et d'un ministre protestant. François Gravé Du Pont commandait un autre navire.


Le 8 mai, il débarquait sur la côte de l'Est de l'Acadie (aujourd'hui Nouvelle-Écosse) à un endroit qu'il appela La Hève, du fait que Le Havre avait été son point de départ en France. Quelques jours plus tard, il trouva le nommé Jean Rossignol qui se livrait à la contrebande; il saisit son vaisseau et appela le lieu Port-Rossignol. Le lendemain, dans une autre baie, un des moutons tomba à la mer et s'y noya, ce qui valut à cette baie le nom de Port-au-Mouton. Il devait s'installer ici avec son monde pour quelque temps en attendant Gravé Du Pont qui viendrait le rejoindre un peu plus tard, comme il avait été entendu d'avance. Afin de ne pas perdre son temps, Champlain partit en chaloupe vers le sud en voyage d'exploration, amenant avec lui onze hommes. C'est alors qu'il donna aux endroits qu'il visita les noms suivants, qui nous sont encore bien connus: Cap Nègre, Baie Courante, îles aux Loups Marins, Cap Fourchu, Baie Sainte-Marie.


Image de l'Habitation de l'Ile Sainte-CroixAprès une absence de quatre semaines, Champlain revint à Port-au-Mouton, où De Monts, rejoint par Gravé Du Pont, attendait afin de continuer sa route plus avant vers le sud. On se mit donc en marche vers le Cap Sable, d'où on atteignit la baie de Fundy, que De Monts appela la Baie Française. On s'arrêta à un beau port, auquel on donna le nom de Port-Royal, qui devait être par la suite, et pendant presque un siècle et demi, la capitale de l'Acadie (aujourd'hui Annapolis Royal). Ayant traversé la Baie Française, il aurait atteint la grande rivière le 24 juin à laquelle on donna, pour cette raison, le nom de rivière Saint-Jean. À partir de cet endroit, on se dirigea vers le sud, pour s'arrêter à une autre rivière, laquelle sépare le Nouveau-Brunswick du Maine. Grâce à ses branches en forme de croix, on l'appela la rivière Sainte-Croix, donnant le même nom à l'île qui se trouve au milieu. C'est sur cette île que De Monts débarqua son monde; elle était assez éloignée de terre pour prévenir toute attaque des maraudeurs et assez proche pour que l'on puisse communiquer facilement avec les Indiens en cas de besoin. On y érigea une douzaine de bâtiments réunis les uns aux autres autour d'une cour, de sorte que l'ensemble ressemblait à un fort.




Source:

Petit manuel d'histoire d'Acadie - Des début à 1670, La Librairie Acadienne, Université de Moncton, Rev. Clarence-J. d'Entremont ,1976


Dernière mise à jour : ( 30-07-2008 )