L'Acadie: zone frontière

 

La colonie acadienne représentait un grand potentiel économique et s'imposait comme l'avant-poste séparant les deux colonies les plus puissantes de l'époque: la Nouvelle-France au nord et le Massachusetts au sud. Dès qu'un conflit sérieux éclatait, l'Acadie, située en charnière entre les deux ennemis, servait de champ de bataille. Tel fut le cas en 1690 durant la guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697). Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, désirait porter un coup aux colonies anglaises et il organisa trois expéditions hivernales qui dévastèrent des établissements situés à la frontière des colonies américaines. Les massacres de Schenectady (New York), Salmon Falls (Massachusetts) et Fort Loyal (Maine), loin de faire courber l'échine des colons américains, fouettèrent leur patriotisme et leur désir de revanche. Le Massachusetts fut l'initiateur d'un projet d'attaque dont le premier objectif était l'Acadie.


Le gouverneur Meneval, successeur de Perrot, n'avait que 100 soldats à opposer aux 7 bateaux et aux 700 hommes commandés par William Phips. Comme prévu, Port-Royal tomba rapidement ce qui permit aux assiégeants de se livrer au pillage, fort probablement un des premiers buts de l'expédition. L'Acadie avait eu a subir une conquête en guise de représailles pour des décisions prises ailleurs. Cependant, la population n'eut pas à endurer une occupation en règle, car les assiégeants, une fois le bétail rassemblé et les objets de valeur enlevés, se retirèrent à Boston en prenant le soin de nommer un conseil composé exclusivement d'Acadiens pour s'occuper des affaires courantes.

Pour éviter le pire, les Acadiens de Port-Royal prêtèrent un serment d'allégeance à la couronne britannique ce qui était pour eux un moyen d'apaiser la tempête et d'éviter d'avoir à supporter la présence anglaise. Jusqu'au traité de Ryswick de 1697, l'Acadie connut le même sort aux mains des Anglais que des Français auparavant : l'oubli et l'abandon.

Habitués à vivre sur un territoire contesté, ils ne voyaient aucune inconstance à agir de façon à satisfaire des exigences contradictoires. L'accommodation avec le plus fort était le moyen pour les Acadiens d'obtenir un peu de sécurité et assurer leur permanence en terre d'Amérique.

Lorsque le militaire français Villebon arriva de France quelque temps après le départ des troupes anglaises, il put facilement obtenir un serment d'allégeance à la couronne française en échange de vivres et de produits de toutes sortes qu'il ramenait avec lui. Mais, jugeant la situation de Port-Royal trop exposée aux attaques dangereuses, il se réfugia à Jemseg sur la rivière Saint-Jean avec quelques soldats.

Recevant peu d'aide militaire de la France ou de la Nouvelle-France, le commandant Villebon maintint un gouvernement fantôme en Acadie, d'autant plus que l'on ne savait pas à qui le pays appartenait. Il en fut de même pour le gouvernement du Massachusetts qui, même s'il avait conquis militairement le pays et le considérait sous sa dépendance, ne s'en préoccupa que très peu en ne prenant même pas de dispositions pour y envoyer une garnison ou des colons anglais.

Même si la France, le Massachusetts ou la Nouvelle-France ne se soucièrent que très peu du sort matériel des Acadiens, les décisions politiques, militaires et stratégiques prises par ces puissances nuisaient à la vie de ces derniers. Tel fut le sort de l'Acadie qui eut à subir les coups et les contrecoups de politiques divergentes. Les Acadiens n'étaient pas maîtres de leur destinée parce qu'ils formaient une colonie et, qu'à ce titre, ils avaient peu à dire lors des prises de décisions et parce que leur situation géographique les plaçait entre deux grandes colonies rivales.

Il faut bien se rendre compte que la colonie acadienne était la plus faible, comparativement aux autres colonies de l'Amérique du Nord de l'époque. Le tableau qui suit nous fait voir ce que représentait la population de la Baie française par rapport aux autres colonies.



Table des populations comparées de la Nouvelle-France, l'Acadie et les colonies américaines

Année Nouvelle-France Acadie Colonies américaines
1608 28 10 100
1640 220 200 28,000
1680 9,700 800 155,000
1710 16,000 1,700 357,000
1750 55,000 15,000 1,200,000


Par exemple, dans le cadre de la guerre de la ligue d'Augsbourg, les autorités de Québec de concert avec celles de la France décident de lancer l'intrépide d'Iberville sur le fort anglais de Pemaquid situé sur la côte du Maine actuel. La prise du fort au printemps de 1696 amena une réaction immédiate dont eurent à souffrir des habitants de la Baie française. Le gouvernement du Massachusetts décida de frapper l'Acadie en guise de représailles; le colonel Benjamin Church fut envoyé à l'automne de la même année attaquer les villages acadiens. Partout où il alla, il sema la dévastation allant jusqu'à briser les digues ce qui signifiait des pertes incalculables pour les fermiers, car les terres inondées devaient rester en friche au moins trois (3) ans avant d'être cultivées à nouveau.

 



Source:
Petit manuel d'histoire d'Acadie de 1670 à 1755, La librairie Acadienne de l'Université de Moncton, Jean Daigle, 1976


Dernière mise à jour : ( 28-07-2008 )